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Chien

  • Chien
    Jacques Blanchot perd tout: sa femme, son travail, son logement. Il devient peu à peu étranger au monde qui l’entoure, jusqu’à ce que le patron d’une animalerie le recueille

Critique de Mulder

  • Le sixième film du scénariste et réalisateur Samuel Benchetrit témoigne de l’attachement d’un véritable auteur à créer un univers visuel aussi surprenant qu’attachant qui lui est propre. Impossible non plus de ne pas avoir dans le survol d’un hélicoptère au début du film la volonté du réalisateur de rester dans le même monde que celui de son film précédent Asphalte (2015). Impossible de ne pas voir également dans ce film l’esprit d’un auteur qui tire son inspiration des méandres de sa vie personnelle et qui réussit à donner vie et consistance à son roman homonyme publié en 2015.

    Chien se veut comme un conte moderne dans laquelle un homme rejeté par sa femme, licencié par son employeur sombre peu à peu et en trouvant un réconfort passager en achetant un chiot décide à la mort prématurée et accidentelle de celui-ci de devenir et apprendre à être un chien. Lorsque le patron d’une animalerie le recueille et lui apprend à se comporter comme un chien le film se veut aussi drôle qu’effrayant car il témoigne de la chute d’un homme privé de tout et qui ne voit comme échappatoire celle de devenir le même ami de l’homme. Dans sa thématique de l’extrême soumission le film aurait pu sombrer dans la dramaturgie extrême voire s’apparenter à une relecture du roman la métamorphose de Franz Kafka.

    Comme dans ses précédents films le réalisateur et scénariste Samuel Benchetrit présente un univers décalé et s’attache à des laisser pour compte et nous livre un portrait d’une société en perte de repères dans laquelle les individus se voient peu à peu perdre le contrôle de leur vie. Cette image d’un homme qui a tout perdu et qui décide de ne plus être un homme mais un chien aborde non seulement les thématiques du pouvoir, de l’autorité mais aussi frôle par moment avec une analyse sociale et politique d’une société manquant de réflexion et prête à écouter et suivre des conseils aussi mauvais soient-ils.

    En parfait équilibre avec la comédie, le drame humain, Chien est surtout marqué par l’interprétation parfaite du comédien Vincent Macaigne dont nous apprécions beaucoup sa manière d’aborder le cinéma. Le cinéma français indépendant ne pouvait pas trouver de meilleurs ambassadeurs. Loin de se cantonner à un cinéma commercial, ce grand comédien préfère nettement s’investir dans des films minimalistes ou auprès de grands réalisateurs ayant gardé toute leur indépendance. Après les excellents La loi de la jungle (2015), Les innocentes (2015), Marvin ou la belle éducation (2017) et encore récemment Le sens de la fête, Chien lui donne son meilleur rôle, un rôle de composition mais aussi très difficile dans lequel il s’impose comme le choix parfait. On retiendra aussi la présence de la trop rare Vanessa Paradis et de Bouli Lanner (dans un rôle initialement prévu pour Jean Claude Van Damme).

    Le cinéma français peut encore nous surprendre comme le montre si bien Chien. Alors que les Tuches 3, une véritable catastrophe cinématographique célébrant la bêtise humaine continue à plaire à des spectateurs nourris à outrance aux sous-programmes de TF1, on ne peut que remercier Chien de nous proposer une comédie atypique aussi drôle qu’attachante. On en ressort aussi triste qu’heureux avec une volonté de se battre pour des choses qui nous tiennent à cœur.

    Vu le 27 février 2018 au Club de l’Etoile

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