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3 billboards, les panneaux de la vengeance

  • 3 billboards, les panneaux de la vengeance
    Après des mois sans que l'enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l'entrée de leur ville.

Critique de Mulder

  • “Raped While Dying.”
    “And Still No Arrests.”
    “How Come, Chief Willoughby?”

    Le cinéma ne devrait pas avoir uniquement pour vocation de nous divertir mais surtout de nous amener à la réflexion et surtout à mieux appréhender les méandres de notre société actuelle. Loin des blockbusters hollywoodiens plus ou moins réussis, certains réalisateurs continuent à chercher des sujets originaux et surtout à garder leur indépendance pour livrer des films sur des thématiques qui leur sont proches. Pour son troisième film après les excellents Bons baisers de Bruges (2006) (l’un des meilleurs films avec Colin Farrell), le très original Sept psychopathes (2012) (déjà avec Abbie Cornish, Woody Harrelson et Sam Rockwell), 3 Billboards les panneaux de la vengeance impose Martin McDonagh comme l’un des meilleurs réalisateurs/scénaristes actuels. Il fallait en effet une belle audace pour livrer l’histoire d’une mère de famille laquelle suite à l’assassinat sordide de sa fille décide de publier sur trois énormes panneaux à l’entrée de sa ville un message à la police afin de demander justice et que l’on retrouve le meurtrier de sa fille (« Violée pendant son agonie », « toujours aucune arrestation » et « pourquoi chef Willoughby ? »).

    Derrière ce fait divers raconté avec un véritable sens du récit des personnages vont apprendre à se détester, à s’estimer et surtout à trouver un sens réel à leur vie. Alors que le chef Willoughby tente d’expliquer à cette mère furieuse Mildred Hayes que le manque de preuve ne lui permet pas de trouver le meurtrier, il lui apprend aussi qu’il est en phase terminal d’un cancer et qu’il aimerait que sa dernière affaire puisse être rangée une fois pour toute. Alors que l’un de ses policiers Dixon tente de faire pression sur le publicitaire qui a loué ses trois panneaux pour retirer ces messages, celui-ci suite au suicide de Willoughby décide de trouver par lui-même ce meurtrier et violeur.

    Comme dans ses précédents films, le réalisateur attache une part importante à analyser l’âme humaine et ce qui pousse certains à trouver un réel sens à leur vie et surtout leur place dans cette société. Alors que l’ex-mari de Mildred Hayes accuse celle-ci de ne pas avoir su protéger leur fille, l’étau se resserre sur les habitants de la ville d’Ebbing au Missouri et surtout laisse échapper certains souvenirs d’un passé guère radieux pour certains. Le suicide du chef Willoughby permet aussi de découvrir que celui-ci avait payé lui-même un mois supplémentaire pour ces affiches. La violence se répand donc cette ville et amènera à une réelle prise de conscience.

    Si 3 Billboards les panneaux de la vengeance fonctionne aussi bien c’est non seulement dû à un excellent scénario mais également à une réalisation forte et précise et surtout à un casting prodigieux dans lequel on retrouve dans les principaux rôles Frances McDormand (Mildred Hayes), Woody Harrelson (Le Chef de la police Bill Willoughby), Sam Rockwell (Jason Dixon), Peter Dinklage (James), John Hawkes (Charlie), Lucas Hedges (Robbie), Abbie Cornish (Anne Willoughby), Samara Weaving (Penelope). Ces comédiens sont simplement parfaits et on ne peut qu’applaudir la grande comédienne Frances McDormand pour son rôle inoubliable. La musique du compositeur Carter Burwell joue également un rôle important afin de créer une véritable ambiance envoutante.

    En revenant aux sources de l’Amérique actuelle et en plantant le décor dans une petite ville, le réalisateur et scénariste Martin McDonagh retrouve le souffle épique des grands films des années 80 dans lequel tout reposait sur un excellent scénario et des comédiens passionnés par leur métier et jouant pour le plaisir et non à des fins purement mercantiles. Derrière les nombreux et excellents dialogues, le réalisateur montre l’envers d’une Amérique réactionnaire et raciste campée par les forces de l’ordre comme l’agent Jason Dixon. Loin de livrer un film de vengeance traditionnel et maintes fois montrées, 3 Billboards les panneaux de la vengeance s’attache plutôt à livrer un message d’espoir comme quoi même les âmes les plus tourmentées peuvent donner lieu à une forme de résurrection et de réveil après un traumatisme. Ce film est non seulement audiacieux par ses nombreuses thématiques mais montrent que le cinéma devrait être comme ce film un réveil des consciences, un média culturel et laisser aux spectateurs suffisamment matière pour l’amener à réfléchir. La dernière scène du film est suffisamment belle et forte pour faire de ce film un des incontournables de cette année 2018.

    Vu le 24 janvier 2018 au Gaumont Disney Village, en VF

  • 4.5