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Le Brio

  • Le Brio
    Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés.

Critique de Mulder

  • Le nouveau film d’Yvan Attal s’impose dès sa découverte comme l’un des meilleurs films français de cette année. Il permet de révéler également Camélia Jordana (La stratégie de la poussette (2011), Nous trois ou rien (2014)..) comme l’une des jeunes comédiennes les plus douées de sa génération, capable ici de tenir tête à Daniel Auteuil et donner vie à une jeune femme attachante tiraillée entre son milieu social et sa volonté de devenir avocate..

    Nous découvrons  lors d’une première scène très réussie le professeur Pierre Mazard maitrisant aussi bien les usages tortueux de la langue française que le fait de ne pas savoir se contenir et parler  franchement sans savoir se mettre au diapason pour éviter toute interprétation raciste et machiste. Cette première scène se déroulant dans l’une des meilleures universités de Paris, Paris II Assas montre totalement les différences vestimentaires, liées à leur attitude de réagir et de langage entre ce professeur et cette étudiante qui vont se retrouver liés pour participer au concours d’éloquence.  L’importance des mots est mis en avant avec brio dans ce film permettant également de porter un regard pudique sur la banlieue et l’intégration.

    L’intelligence de la mise en scène et du scénario co-écrit par le réalisateur Yvan Attal, Yaël Langmann et Victor Saint Macary permet de trouver le juste ton pour décrire non seulement les rouages d’une grande université mais porter un véritable regard attachant sur le monde des étudiants. On suit donc le personnage de Neila de ses salles de cours à chez elle, en passant par ses relations avec ses amis d’enfance de sa ville qui n’ont pas suivi comme elle un long cycle universitaire. Regard d’autant plus juste qu’il montre bien les difficultés d’intégration dans une entreprise lorsqu’on  est victime des apparences et des préjugés.

    Impossible de ne pas voir également dans son film, plusieurs sources d’inspiration aussi bien littéraires que cinématographiques. Dans cette relation entre un professeur d’université et une étudiante au caractère entier,, on pense inévitablement à Pretty Woman le temps de quelques scènes mais surtout à des films sportifs comme Rocky dans lequel on  montre aussi bien le long entrainement que les combats. Ici les salles de colloques des joutes oratoires de ce concours d’éloquence ont remplacé le ring et les mots les coups abattus.

    Après avoir réalisé des comédies romantiques comme Ma femme est une actrice (2001), Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants et Ils sont partout (2016), le nouveau film d’Yvan Attal s’impose comme son plus mature et surtout son plus réussi. Alors qu’il aurait pu tomber dans la caricature de notre banlieue, le film dresse un portrait sensible d’une étudiante qui cherche à se construire et à échapper à sa condition. Certains dialogues du personnages de Neïla Salah sonnent tellement juste qu’ils nous touchent par leur sincérité. De la même manière face au comédien Daniel Auteuil qui trouve enfin de nouveau un rôle à sa démesure, Camélia Jordana, jeune comédienne réussit à ne pas se faire écraser et à camper un véritable duo aussi mal assorti initialement qu’il devient  lors de  la préparation au concours d’éloquence une véritable équipe,chacun apprenant de l’autre et voyant enfin ses nombreuses qualités.

    Après l’excellent documentaire de Stéphane De Freitas et Lady LyA voix haute – la force de la parole (2017)  mettant en avant le concours Eloquentia, Le Brio s’impose aisément comme un grand divertissement familial mené de main de maitre par un réalisateur inspiré. Profondément ému, on ressort du film Le Brio la larme à l’œil et surtout heureux d’avoir passé un excellent moment de cinéma. On se doute que ce film trouvera aisément sa place dans les films les plus plébiscités dans la compétition des Césars l’année prochaine.

    Vu le 21 novembre 2017 au Gaumont Opéra Capucines, Salle 1

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