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Marvin ou la belle education

  • Marvin ou la belle education
    Martin Clément, né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l'intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l'exposait tout ce qui faisait de lui un garçon «différent». Envers et contre tout, il s'est quand même trouvé des alliés. D'abord, Madeleine Clément, la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, le modèle bienveillant qui l'encouragera à raconter sur scène toute son histoire. Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer.

Critique de Mulder

  • La filmographie de la scénariste et réalisatrice Anne Fontaine impose un veritable respect tant il est marqué par une volonté de s’éloigner du cinéma commercial pour livrer des oeuvres amenant à la réflexion et portées par de véritable interprétations.  De son premier film Les histoires d’amour finissent mal  en général (1992) à Marvin ou la belle éducation (2017), on compte ainsi quatorze films dont les très réussis Coco avant Chanel (2009), Mon pire cauchemar (2011), Perfect mothers (2014) Gemma Bovery (2014).

    Son nouveau film s’impose ainsi dès sa découverte comme l’un de ses plus réussis et surtout permet de découvrir deux jeunes et grands comédiens Finnegan Oldfield et Jules Porier. On retrouve également au casting des comédiens avec lesquels la réalisatrice a déjà collaboré comme Charles Berning, Vincent Macaigne et surtout Isabelle Huppert (parfaite comme dans chacun de ses films). Une nouvelle fois la réalisatrice réussit à s’entourer d’un excellent casting et ainsi donne à son film une véritable noblesse.

    En adaptant de manière assez libre le roman d’Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule (2014) la co-scénariste et réalisatrice Anne Fontaine nous livre tout simplement l’un des plus beaux consacrés à l’univers du théatre et surtout une galerie de personnages attachants et intéressants. Le thème de l’homosexualité qui se révèle à l’adolescence est ici également synonyme pour le personnage principal Martin Clément d’une volonté de s’échapper loin de son cocon familial prolétaire et défavorisé. En peignant sans concession le portrait d’une famille de la classe ouvrière et qui semble avoir oublier l’idée de toute acception de culture, le film nous montre avec une pudeur véritable le portrait de ce jeune adolescent qui a décidé de fuir son milieu social, les brimades répétées des autres élèves et l’intolérance omniprésente.

    L’important du théatre comme moyen d’expression occupe une place prépondérante dans le récit autant par l’école pour lequel le jeune Martin Clément va obtenir une bourse et être défendu et protégé par la directrice de son ancienne école mais aussi par les rencontres que va faire ce jeune enfant et de l’éducation qu’il va en tirer. Les nombreuses scènes avec la comédienne Isabelle Huppert ici dans son propre rôle imagé donne au récit une véritable force émotionnelle. De la même manière on est totalement subjugué par la présence et le naturel du jeu du comédien Vincent Macaigne. Habitué pendant trop longtemps à n’être qu’un second rôe dans une multitude de films indépendants, c’est un vrai plaisir de voir enfin que son talent est reconnu et qu’il peut enfin avec des rôles plus importants et surtout avec une meilleure visibilité (on vous conseille à cet effet de découvrir son premier film en qualité de réalisateur Pour le réconfort).

    Marvin ou la belle éducation s’impose ainsi comme l’une des belles découvertes de ce mois-ci mais surtout comme l’un de nos préférés. Loin d’un cinéma commercial trop souvent linéaire et manquant d’inspiration, ce film est un hymne vibrant au théatre et surtout au fait de s’accepter tel que l’on est et surtout ne jamais renier son milieu social même si il est imparfait et ne laisse guère de place à la culture.

    Vu le 15 novembre 2017 au Club Lincoln

  • 5