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    Plusieurs disparitions d'enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d'adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Pennywise, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur…

Critique de Mulder

  • « enfants,la fiction n’est que la vérité que cache le mensonge, et la vérité cachée dans ce récit est suffisamment simple : la magie existe » - Stephen King

    Il aura fallu pas moins de quatre années à notre auteur préféré pour venir à bout de l’un de ses livres les plus importants et fondateurs qui a hanté à jamais notre enfance. Ecrit dans le Maine entre septembre 1981 et décembre 1985 c’est également pour Stephen King l’occasion de porter un véritable regard sur des thématiques qui lui tiennent à cœur comme l’enfance, la société américaine, l’univers fantastique (livres et films). Le livre narre la lutte du club des ratés sur deux périodes de leur vie (enfance, adulte) contre une entité ancestrale venue de l’espace et dont les premiers méfaits remontent à la période 1740-1743 avec la disparition de plus de 300 colons. Ca s’est imposé dès sa parution comme l’un des meilleurs livres de cet auteur prolifique et par sa structure mélangeant de manière parfaite les deux époques 1957-1958 et 1984-1985 était jugé difficilement adaptable au cinéma sous la forme d’un seul film sans en dénaturer la force émotionnelle. Certes l’adaptation sous la forme d’un téléfilm en deux parties en 1990 par Tommy Lee Wallace avait réussi en partie à retrouver la force de ce livre mais en proposait une version trop grand public et privée des scènes fortes du livre.

    La gestation de cette nouvelle adaptation fut longue et connue plusieurs déconvenues la production passant de Warner Bros à New Line Cinema et la réalisation de Cary Fukunaga à Andrés Muschietti (Mama (2013)). Le scénario connu également plusieurs versions (Cary Fukunaga , Chase Palmer, Gary Dauberman) et prend quelques distances avec le livre en séparant réellement les deux périodes du récit. De la même manière, l’histoire contée ne se déroule plus dans les années 50 mais dans les années 80 (on pourrait aisément la date à 1984 à la vue de l’affiche du film Nighmare on Elm Street dans le cinéma de Derry). On découvre ainsi ce groupe de sept enfants qui va unir sa force pour lutter contre Henry Bowers, Huggins et Victor Criss des adolescents turbulents faisant régner une certaine terreur dans la ville de Derry mais surtout contre Ca. Le film réussit à donner vie à ces sept enfants formant le club des damnés et en leur donnant suffisamment de profondeurs pour les rendre crédibles. William Denbrough (dont le petit frère a été tué par Ca), Benjamin Hanscom, Beverly Marsh, Rochard Tozier, Eddie Kaspbrak, Michael Hanlon, Stanley Uris sont parfaitement campés par de jeunes comédiens très inspirés qui donnent à ce film une véritable âme et apportent une émotion profonde dans plusieurs scènes fidèles au roman.

    Alors que nous aurions pu nous attendre de nouveau à une version lisse et grand public , Ca laisse éclater dans certaines scènes une véritable violence et surtout montre une version de Pennywise (Ca, le clown) digne des créatures diaboliques devenues des icônes (Freddy Krueger, Jason Voorghes..). Chacune des apparitions de cette entité diabolique provoque un véritable effroi et nous pétrifie par ses agissements diaboliques dont il semble trouver un véritable plaisir. Se nourrissant de la peur qu’il inspire et n’apparaissant qu’aux yeux de certaines personnes, il apporte au film une certaine noblesse et une force véritable. Loin d’être uniquement un film d’horreur violent, Ca le film aborde l’enfance de manière convaincante et réussit par la minutie de sa mise en scène à restituer les années 80 par les nombreuses affiches (musique, cinéma) et la reconstitution de cette période. Ceux qui n’ont pas eu encore la chance de découvrir ce livre considéré comme culte pour beaucoup pourront découvrir le film mais risque de passer à côté de plusieurs clins d’œil appuyés.

    Nombreuses ont été jusqu’à ce jour les adaptations de romans ou nouvelles de Stephen King mais rares sont celles qui ont réussi à s’imposer et coller aussi près du matériel original. Que cela soit la version revisitée par Stanley Kubrick de Shining (1980), à Carrie de Brian de Palma (1976), Dead zone (1983) de David Cronenberg, Christine (1983) de John Carpenter, Stand by me (1986) de Rob Reiner, Simetierre (1989) de Mary Lambert ou plus récemment The Mist (2007) de nombreux réalisateurs ont réussi à adapter parfaitement les livres de Stephen King et leur rendre toutes leurs forces (on passera sur plusieurs adaptations guères convaincantes et autres séries et téléfilms plus ou moins réussis).

    Ca s’impose dès sa découverte comme une des meilleures adaptations et surtout l’une des plus fidèles et montre une nouvelle fois que le cinéma de genre ne doit pas être simplement catalogué mais mérite la plus grande attention. En découvrant Ca on retrouve toute la force des grands films hollywoodiens et on pense ainsi à Steven Spielberg pour ce don de narration et de mise en scène d’Andrés Muschietti. Avant d’être un film d’horreur, Ca est surtout un film sur l’enfance et le passage à l’âge adulte. De la première scène à la scène finale, on est happé, immergé dans un film réalisé avec grand soin. On reconnait de nombreux passages du livre et surtout on apprécie que le réalisateur n’utilise pas des effets spéciaux à outrance. Comme dans le livre, le personnage principal est la jeune héroïne Beverly Marsh (parfaitement campée par la jeune comédienne Sophie Lillis), c’est elle qui unira le club des ratés qui les amènera à se surpasser et surtout qui unira à jamais leur lien.

    Le film bénéficie aussi de l’excellente composition de Benjamin Wallfisch (Lighs out (2016), Hidden Figures (2016) et prochainement Blade Runner (2049)) dont la musique renforce le climat des nombreuses scènes fortes en émotion du film. On sent une parfaite osmose entre la réalisation et la musique à notre plus grand plaisir.. Ca s’impose ainsi comme l’un des meilleurs films de cette année et dire qu’il faudra attendre 2019 pour découvrir la suite de ce récit, l’attente va être longue et permettra à beaucoup on l’espère de lire ou relire l’excellent livre de Stephen King.

    Vu le 9 septembre 2017 au CID, Deauville, en VO

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