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Certaines femmes

  • Certaines femmes
    Quatre femmes font face aux circonstances et aux challenges de leurs vies respectives dans une petite ville du Montana, chacune s’efforçant à sa façon de s’accomplir.

Critique de Mulder

  • Kelly Reichardt est sûrement l’une des scénaristes et réalisatrices les plus importantes du cinéma indépendant américain actuel. Loin d’être attirée par les sirènes hollywoodiennes, elle préfère continuer à proposer des films sur des thématiques qui lui tiennent à cœur. Dès son premier film River of Grass (1994), elle imposa une volonté de présenter des thématiques aussi simplistes et fortes plutôt que de chercher le sensationnalisme à tout prix. Ses films suivants Old Joy (2006), Wendy et Lucy (2008), La dernière piste (2010), Night Movies (2014, Grand prix au festival du cinéma américain de Deauville en 2013) montrent à quel point cette réalisatrice engagée nous livre des films aussi attachants qu’intéressants. Certaines femmes ne dérogent pas à cette règle et à travers trois histoires nous présente le portrait de quatre femmes (la dernière histoire en présente deux) dans une petite ville du Montana.

    En adaptant trois nouvelles de Maile Meloy extraites du recueil de nouvelles Both Ways Is the Only Way I Want It: Stories, la réalisatrice et scénariste nous présente ainsi une avocate solitaire préférant se réfugier dans son travail, une jeune femme qui souhaite bâtir un foyer et le dernier la rencontre d’une professeure et d’une éleveuse. La grande force du film est de nous proposer des personnages réalistes et de nous montrer un moment de leur vie de manière réaliste. On s’éloigne ainsi du glamour du cinéma hollywoodien pour se rapprocher d’un cinéma plus proche de celui de Robert Altman. On pense ainsi à Short Cuts (1994) par sa structure et surtout par la présence dans son casting d’excellentes comédiennes.

    On retrouve dans la première partie du film la comédienne Laura Dern qui réussit à insuffler suffisamment de vie à son personnage. Alternant les grosses productions américaines (Jurassic Park (1992), Un monde parfait (1993), Le Fondateur (2016)..) et les films plus intimistes, elle trouve sous la caméra de la réalisatrice l’un de ses meilleurs rôles. Dans la seconde partie, on retrouve la lumineuse Michelle Williams dont on ne dira jamais assez bien tant elle s’impose de loin comme l’une des comédiennes les plus intéressantes depuis ses débuts dans la série culte Dawson (1998-2003). Récemment présente dans l’excellent film de Kenneth Lonergan Manchester by the sea, elle arrive à rendre son personnage intéressant malgré le fait que celle-ci achète des pierres et semble avoir des soucis avec son mari. Sûrement la partie la moins forte du film, elle ne démérite pas car la force est de réussir à rendre intéressant et subtil ce qui ne passerait sûrement pas dans d’autres films.

    Enfin, comment ne pas apprécier ce film en découvrant la dernière partie du film campée par l’une de nos comédiennes préférées, Kristen Stewart. Après des seconds rôles remarqués notamment dans Panic Room (2002) de David Fincher et L’autre rive de David Gordon Green (2004), c’est grâce à la saga Twilight qu’elle a pu s’imposer comme star du box-office mondial. Ses derniers films ont montré sa volonté de privilégier le cinéma indépendant comme The guard (2014), ,Still Maria (2014), Cafe society (2016), Personal Shopper (2016). Elle forme ici avec la comédienne Lily Gladstone deux personnages féminins attachants. Cette partie vaut surtout pour la force de jeu de Kristen Stewart. Rien que pour elle ce film mérite d’être découvert en urgence.

    Kelly Reichardt signe là aisément l’un de ses meilleurs films. Certes le rythme est plutôt lent et sous le signe de la contemplation, certes il y a peu d’actions et une musique souvent absente pour illustrer certaines scènes mais le film reste l’un des meilleures surprises de ce début d’année. On en ressort bouleversé et surtout reconnaissant de voir un film si humain et si intelligent que l’on ne peut que vous le conseiller.

    Vu le 16 février 2017 à l’UGC Ciné-cité Les Halles, salle 6, en VO

  • 4.5