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Grave

  • Grave
    Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Critique de Mulder

  • Couvrir des festivals permet malheureusement trop rarement de découvrir des nouveaux réalisateurs au talent indéniable et dont la première œuvre s’impose comme des réussites majeures. Grave s’impose ainsi dès sa découverte comme un classique du genre post Cronenbergien. Il fallait ainsi une véritable conviction et du courage pour sortir des créneaux trop traditionnels du cinéma français et belge et des comédies et des drames populaires pour proposer un véritable film d’horreur viscéral. Scénarisé et réalisé par Julia Ducournau, Grave non seulement réussit à s’imposer comme digne héritier des grands maitres de l’horreur (John Carpenter, Georges A Romero, David Cronenberg, Dario Argento) mais aussi à nous surprendre en permanence et à refuser de chercher constamment à plaire. Jusqu’à la dernière scène du film, Grave nous captive, nous étonne et nous effraie et impose la vision d’une réalisatrice passionnée de cinéma.

    Comme dans de nombreux films de genre, le sous-contexte social occupe une place importante dans Grave et derrière cet appétit pour la chair se cache surtout l’étude d’un milieu social aisé. Lorsqu’une jeune adolescente surdouée réussit à intégrer une des meilleures écoles vétérinaires dans laquelle sa grande sœur est déjà inscrite, elle va se retrouver confronter à un bizutage inhumain et surtout à des nombreuses oppressions psychologiques qui n’auront comme effet que de lui révéler sa véritable nature. Justine va ainsi se rendre peu à peu qu’elle n’est pas une étudiante normale comme les autres et que son attrait pour le cannibalisme a une origine ancienne et non un simple cas isolé. La réalisatrice maitrise parfaitement son sujet et témoigne d’un talent indéniable pour mettre en place une véritable ambiance malsaine et inquiétante faisant de Grave loin d’être un simple exercice de style.

    Si Grave s’impose comme une véritable réussite c’est également grâce aux nombreux effets horrifiques présents dans ce film et surtout par ses nombreuses scènes flirtant avec le gore. Ces effets multiples de violences exacerbées montrent la liberté créatrice dont la réalisatrice a pu bénéficier. Ne cherchant pas forcément à jouer l’outrance exagérée, le film préfère constamment jouer sur l’aspect psychologique de l’histoire. Il en ressort un film novateur qui risque de s’imposer comme un modèle du genre. Le film montre une nouvelle fois qu’un bon film d’horreur ne doit pas reposer forcément sur la présence de comédiens surévalués mais surtout sur la vision d’un véritable auteur. Dans le cas de Grave, la jeune réalisatrice réussit le mixte parfait de l’éveil à la sexualité et les bases de l’horreur pure.

    La grande révélation du film est la comédienne principale Garance Marillier qui se révèle aussi à l’aise dans les scènes dramatiques que les nombreux moments horrifiques. La réussite du film lui doit beaucoup par sa présence qui donne à celui-ci un atout charme certain. L’évolution psychologique et physique de son personnage nous fascine complètement et permet à la réalisatrice pour son premier film au cinéma de s’imposer. Le reste du casting permet de découvrir de jeunes comédiens (Ella Rumpf, Raba Nait Oufella, Joana Preiss) mais aussi de retrouver d’autres que nous apprécions comme Laurent Lucas (parfait dans le rôle du père de Justine).

    Avec déjà plusieurs prix obtenus amplement mérités comme celui du public du meilleur film fantastique international lors du festival européen du film fantastique de Strasbourg (2016) et le Grand prix longs métrages internationaux au Paris international fantastic film festival. On se doute que d’autres prix suivront et que le film présenté en compétition au festival du film fantastique de Gérardmer en repartira avec au moins un autre prix et une excellent réception.

    Vu le 9 décembre 2016 au Max Linder Panorama dans le cadre du Paris International Fantastic Film Festival

  • 4.5