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S21, La Machine de mort khmère rouge

  • S21, La Machine de mort khmère rouge
    De 1970 à 1975, le Cambodge est secoué par une guerre civile à la suite du renversement du prince Sihanouk et du conflit du Viêt-nam dont les bombardements américains touchent également le pays. S'installe alors le régime des khmères rouges qui sèment la terreur à travers des déportations, la torture et l'extermination d'un tier de la population. Vingt ans après, deux des rares survivants rencontrent les anciens gardiens et tortionnaires sur les lieux mêmes de leur supplice.

Critique de tootpadu

  • Pour chaque pays, il y a des pages de son histoire que ses habitants préfèrent oublier, taire ou nier. L'affrontement de ses tares demande en général beaucoup de temps et, surtout, la conscience que des actions abominables ont eu lieu, qui demandent leur reconnaissance et le pardon. Alors que l'Allemagne est plutôt en bonne voie de traiter son passé dignement et avec responsabilité, d'autres pays tels la France et la guerre d'Algérie ou la Turquie et le génocide arménien sont loins d'entreprendre une démarche de réconciliation sérieuse. La tentative d'évaction du passé qu'essaie ce documentaire s'inscrit dans le même processus social et elle est d'autant plus osée, voire prématurée, que les faits relatés datent d'à peine un quart de siècle et que les participants sont toujours en vie.
    Alors que l'horreur et l'abomination des actes sont tangibles surtout dans les témoignages des deux survivants, dont l'un fait un travail de documentation personnelle à travers ses tableaux, c'est la réaction de la petite dizaine de gardiens et d'interrogateurs qui laisse perplexe. Déjà chargée de la présence à l'endroit même des morts atroces, la reconstruction de certaines scènes (surtout celle du gardien) devient carrément macabre par la sorte d'implication qu'y apportent les anciens militaires. Parcimonieux en excuses ou en remords, ces criminels de guerre au niveau hiérarchique le plus bas se défaussent sur l'endoctrinement et la peur d'être "deconstruits" eux-mêmes pour leur agissement. Pratiquement rien dans leurs paroles ou leur comportement laisse supposer une conscience torturée par leurs actes inexcusables. Cela provient peut-être des différences culturelles avec le monde occidental, mais cette attitude immuable est des plus inquiétantes.
    Ainsi, le survivant-peintre qui vient à la rencontre de ses anciens ennemis à la recherche d'une explication pour ces crimes indignes d'un animal semble buter contre un mur de stoïcisme et de nostalgie douteuse, à l'image du spectateur qui arrive au moins à mesurer la difficulté de la tâche entreprise.

    Vu le 29 février 2004, au MK2 Beaubourg, Salle 1, en VO

  • 2.5