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Daredevil

Critique de Mulder

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    Alors que des personnages Marvel Comics connaissent les plus grands honneurs aussi bien en comics, en adaptations cinématographiques réussies, qu’en nombreux produits dérivés, certains sont marqués par une image guère plébiscitée par le public. Après un passage en second rôle dans un téléfilm Le Procès de l'incroyable Hulk (1989, Bill Bixby), un film de Mark Steven Johnson homonyme en 2003 avec Ben Afleck dans le rôle principal, le personnage ne disposait pas des faveurs du public.  ABC studios et Marvel Television proposent donc depuis vendredi 10 avril en exclusivité sur Netflix de revenir à la source du personnage et de nous montrer ses origines par une saison mise en ligne dans son intégralité (treize épisodes).
     
    Le personnage de Matt Murdock (Daredevil) a été créé en 1964 par Stan Lee et Bill Everett dans le comics Daredevil #1. On retiendra surtout de ce personnage sa réinvention en 1979 par Frank Miller transposant l’univers de ce personnage en un thriller sanglant et psychologique. Cet auteur créa notamment les personnages de Stick et d’Elektra. Mais surtout, il fit de Matt Murdock un névrosé violent et l’entoura d’un symbolisme chrétien important. Par la suite des auteurs comme Kevin Smith et Brian Michael Bendis l’imposèrent comme un personnage incontournable des super-héros de l'écurie Marvel Comics. D’une transposition trop lisse dans le téléfilm de la série Hulk en 1989 à un film décevant en 2003, le personnage disparut des écrans pendant plus d’une dizaine d’année. L’association Netflix et de Marvel Studios et ABC Studios nait d’une volonté commune de continuer à développer l’univers cinématographique Marvel. Ainsi la série Daredevil commence juste après la fin du film Avengers dans lequel New York avait été partiellement détruit. On découvre ainsi les personnages de Matt Murdock (Daredevil) et Foggy Nelson ouvrant leur bureau et leur premier dossier concerne une jeune secrétaire accusée injustement de meurtre suite à un dossier compromettant qu’elle a intercepté. 
     
    Les créateurs de la série Drew Goddard (également consultant, scénariste des deux premiers épisodes) et Steven S. DeKnight (également showrunner, producteur exécutif, réalisateur et scénariste du dernier épisode) sont revenus aux origines du comics. Il en ressort une série réaliste, violente et ponctuée de scènes d’action parfaitement réalistes. Loin d’être des épisodes séparés à l’image de la série Smallville, il faudrait trouver l’origine de la série à travers le film Batman Begins de Christopher Nolan (2005). En effet, la série s’apparente plus à l’origine du personnage, à un vigilant voulant faire régner la justice aussi bien en qualité d’avocat mais aussi comme justicier violent. A ce titre, Daredevil témoigne d’une volonté de livrer un thriller réaliste et éloigné de ces scènes présentes dans le film homonyme présentant le fameux radar du personnage et ses sens surdéveloppés. A l’image de ce plan séquence clôturant le second épisode, le réalisateur Phil Abraham nous livre une scène d’action violente et digne des productions cinématographiques actuelles. 
     
    A l’image de la série Arrow, la série nous présente des scènes importantes du passé expliquant mieux le comportement actuel des personnages principaux que sont Matt Murdock et Wilson Fisk. L’épisode huit de cette première saison est ainsi l’un des segments les plus réussis. On découvre ainsi l’origine du mal que porte en lui le personnage de Wilson Fisk (nous n’en dirons pas plus pour ne pas gâcher le plaisir des spectateurs). Comme dans le comics, on découvrira une partie de la scène d’accident qui a coûté la vue à Matt Murdock et le rapport de celui-ci avec son père boxeur et son assassinat. La série ne connaît donc aucun ralentissement et propose donc de suivre des personnages attachants tout en n’oubliant pas de nombreuses scènes d’action et un réel sens du tempo. Le showrunner Steven S. DeKnight qui a précédemment été scénariste sur plusieurs séries  (Buffy contre les vampires, Angel, Smallville, Spartacus) est connu par sa volonté de proposer des épisodes de qualité reposant sur des scénarios complexes. Il trouve ainsi en reprenant les rênes en qualité de Showrunner suite au départ de Drew Goddard un terrain fertile pour développer une série rendant toutes les honneurs à ce personnage Marvel Comics. La violence de certaines scènes plutôt rares dans des séries grand public donne réellement à celle-ci une efficacité et force de conviction. 
     
    L’autre force de cette excellente série est de reposer sur des comédiens parfaitement en phase avec leur personnage. On retrouve ainsi dans le rôle-titre Charlie Cox aussi parfait en jeune avocat qu’en redresseur de tort (Boardwalk Empire Saison 1&2 (2011-2012), Une merveilleuse histoire du temps (2014)), Rosario Dawson (Sin City 1&2 (2005-2014), Clerks 2 (2006)..), Deborah Ann Woll (séérie True Blood (2008-2014)..), Elden Henson (Rise (2007), Jobs (2013)..), Bob Gunton (Dead Silence (2007)..) et également Scott Glenn dans le rôle de Stick. Quant au personnage du  Wilson Fisk / Kingpin qui est en partie responsable du succès critique et publique de la série il en revient au comédien Vincent D'Onofrio de lui redonner tout le prestige qu’il mérite. Il interprète parfaitement ce caïd de la pègre violent et incontrôlable. Ce casting est complété par une équipe de scénaristes (Drew Goddard, Marco Ramirez, Joe Pokaski, Luke Kalteux,  Douglas Petrie, Steven S. DeKnight, Christos Gage, Ruth Fletcher Gage, Luke Kalteux) ayant parfaitement compris l’essence du comics et des personnages. 
     
    Le soin apporté non seulement à la photographie de Matthew J. Lloyd ainsi qu’un montage solide et parfaitement ciselé de Michael N. Knue, Monty DeGraff et Jonathan Chibnall renforcent également le climat acéré et violent de Hell’s Kitchen dans lequel la mafia fait régler sa propre loi en corrompant la presse, les forces de l’ordre et en éliminant ceux qui ne rentrent pas dans leur jeu. Cet univers nous renvoie aux  plus grands thrillers cinématographiques actuels. En cela, cette série s’impose comme la référence actuelle des adaptations cinématographiques dépassant aisément Marvel : Les Agents du SHIELD. Cette approche plus adulte à la limite d’une série policière actuelle nous fait penser aussi à la série Sherlock par sa mise en scène dépouillée et au soin apporté à cet univers. Certes, Daredevil diffère de l’approche de Arrow ou Flash (DC Comics) (actuellement la meilleure série inspirée d’un comics).
     
    La série donne également une part importante aux rapports entretenus entre Matt Murdock et l’église. Loin d’être comme dans le film une simple reprise de la thématique présente dans le comics, la religion issue abordée revient de manière concluante sur la nature humaine, la définition du diable. Contrairement au film homonyme, le personnage de Ben Urich (Vondie Curtis-Hall parfait) n’est pas un reporter uniquement en quête de scoop à tout prix mais un journaliste de fond tiraillé entre son métier et sa femme hospitalisée. La série tient ainsi toutes ses promesses et redonne à Daredevil la place qu’il mérite dans l’univers cinématographique Marvel. Certes, il faudra être patient pour découvrir Matt Murdock dans le fameux costume de Daredevil (un peu trop même) mais la qualité indéniable de cette série permet de justifier de bonnes fondations pour la suite des aventures de ce personnage.
     
    On attendra donc avec impatience les séries Netflix  Marvel Jessica Jones, Marvel Luke Cage, et Marvel Iron Fist et surtout Marvel The Defenders reprenant ces quatre personnages dans une mini-série.
     
    Intégralité des 13 épisodes vue le 11 avril 2015 sur Netflix en VO
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