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Quelque part en Europe

  • Quelque part en Europe
    Quelque part au bord du Danube, alors que la guerre touche à sa fin, des enfants laissés à eux-mêmes se regroupent pour former une bande de vagabonds dangereux, qui sèment la terreur à travers la campagne. Pendant que les autorités assemblent une brigade armée qui prend en chasse les jeunes délinquants, ceux-ci se réfugient dans les ruines d’une forteresse, occupée déjà par un vieux musicien misanthrope.

Critique de tootpadu

  • Dans l’immédiat après-guerre, le cinéma italien n’avait pas le monopole du néo-réalisme. Ce courant formel et thématique est certes né de l’imagination de Luchino Visconti, Roberto Rossellini et leurs contemporains, mais le flambeau de cette dénonciation de la précarité matérielle et émotionnelle, à la suite du conflit le plus meurtrier que le monde ait connu jusque là, a été repris sans tarder par d’autres cinématographies. Sa version hongroise n’est peut-être pas la plus connue, mais elle mérite qu’on s’y intéresse à travers ce film poignant, surtout au cours de sa première partie, particulièrement dure. La prédilection pour une propagande à peine larvée, qui allait étrangler la majeure partie de la production filmique derrière le rideau de fer, s’y fait déjà ressentir. En même temps, Quelque part en Europe jette un regard sans concession sur la cruauté de l’homme en général, et celle des enfants en manque de repères en particulier.
    La représentation de l’anarchie à laquelle les garçons se livrent librement pendant la première moitié du film n’est ainsi guère édulcorée. Quand on manque de tout, la vie d’un homme ou d’une bête ne vaut pas plus qu’un casse-croûte. La dignité humaine n’est plus d’actualité, lorsque le droit du plus fort règne dans sa forme la plus crue. Tout ce gâchis, la caméra de Geza von Radvanyi – un réalisateur qui allait entamer après ce film une odyssée européenne avec pour destination des productions populaires allemandes sans grand intérêt – l’enregistre stoïquement, comme pour mieux souligner qu’un monde sans règles mène forcément au chaos. Or, ce périple insensé d’un regroupement de petits sauvages reste très mesuré dans son indication d’une voie de sortie à tant de misère criante.
    Ensuite, les choses se gâtent un tout petit peu, puisque le cauchemar vire au conte édifiant, à la tonalité socialiste manifeste. Les jeunes recrues du vieux sage n’apprennent à siffloter finalement que la Marseillaise, et non pas l’Internationale. Mais l’effet de récupération idéologique est globalement le même, tellement les bons sentiments et la prise de conscience contre l’injustice prônée par les vilains collaborateurs abondent. L’origine du salut reste heureusement encore assez vague, mais le cinéma hongrois n’allait pas se contenter longtemps de propos aussi gentiment abstraits. Le véritable élan d’affranchissement de la doctrine socialiste par le cinéma partira donc des autres pays du bloc soviétique, comme la Pologne de Andrzej Wajda et la République tchèque de Milos Forman et de Jiri Menzel, entre autres. Dommage que Geza von Radvanyi n’ait pas pu ou voulu rester fidèle à son pays, à la culture cinématographique plutôt méconnue, voire modeste.

    Vu le 12 mai 2012, à la Cinémathèque Française, Salle Jean Epstein, en VO

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