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C'est dur d'être aimé par des cons

  • C'est dur d'être aimé par des cons
    Le 2 novembre 2004, le réalisateur Théo Van Gogh est assassiné par un islamiste à Amsterdam. Onze mois plus tard, le journal danois Jyllands-Posten publie douze caricatures du prophète Mahomet, afin d'inciter au débat sur le rôle de l'islam dans la société occidentale. La réaction internationale est toute autre, puisque le Danemark est pris pour cible par des actes violents d'intégristes. Au mois de février 2006, plusieurs journaux français reprennent les caricatures en signe de solidarité, dont le magazine satirique "Charlie Hebdo", qui met en Une un autre dessin fait maison, dans lequel le prophète se plaint d'être aimé par des intégristes. Trois associations musulmanes portent alors plainte contre "Charlie Hebdo" pour diffamation raciale et atteinte à la religion. Le procès s'est tenu en février 2007, devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Critique de tootpadu

  • La liberté d'expression devrait être sacrée dans toute société, qui s'entend comme une démocratie ! Que ce n'est pas forcément le cas et que le combat pour ce luxe, d'avoir son opinion personnelle et de pouvoir librement l'exprimer, mérite d'être mené, dès que cet acquis de notre civilisation est mis en question, tel est le sujet de ce documentaire essentiel. L'affaire des caricatures dans "Charlie Hebdo", il y a deux ans, sert d'exemple parfait à ce plaidoyer militant et intelligent, qui soulève d'une façon aussi succincte que pertinente les enjeux intellectuels et sociaux majeurs, auxquels nous devrons faire face tôt ou tard.
    Pour traiter d'un sujet aussi brûlant que la représentation des musulmans dans les médias, qui était en quelque sorte la fausse pomme de discorde de ce procès pionnier, la démarche du réalisateur Daniel Leconte évite heureusement toute polémique gratuite. Ce sont les avis divergents des différents intervenants qui constituent la base idéologique du documentaire, sans jamais prendre à la légère les implications de ce débat important. Les fondements mêmes de la république laïque ont été interpellés dans ce procès. Alors qu'on peut regretter le recours à la voie judiciaire pour ce genre de différent, cette affaire permet au moins d'interroger, pas sans ironie, le fonctionnement de nos médias et leur rôle d'investigation, auquel ils suffisent de moins en moins.
    Daniel Leconte est bien conscient de la valeur explosive et délicate de son sujet. En conséquence, son approche formelle est particulièrement simple. Pas de chichis visuels ici : les entretiens sont conduits devant un fond noir, épisodiquement animé d'une caricature pour appuyer les propos. Et les impressions du procès prises sur le vif apportent un ton immédiat, qui est parfaitement complémenté par une relecture des événements plutôt révélatrice, à travers les entretiens des témoins, des avocats et des membres de la rédaction du magazine irrévérencieux.
    Car C'est dur d'être aimé par des cons se démarque par la pugnacité et l'intelligence avec lesquelles il s'attaque à un sujet crucial, qui en dit hélas trop long sur l'état d'esprit frileux et intéressé, qui caractérise de nos jours l'immense majorité des médias.

    Vu le 23 juillet 2008, à la Salle Pathé Lamennais

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