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King Kong

  • King Kong
    New York, 1933. Le réalisateur Carl Denham a beaucoup d'imagination et le désir d'offrir au public des vues époustouflantes de lieux mystérieux en échange d'un billet d'entrée. Ce qu'il n'a plus, par contre, c'est le soutien de ses producteurs qui veulent revendre les prises de son dernier tournage en tant que matériel d'archives. Décidé de ne pas se laisser faire, Denham prend la fuite avec son équipe sur un bateau qui doit les emmener sur une île mystérieuse et non répertoriée. Puisque l'actrice principale s'est désistée au dernier moment, Denham engage Ann Darrow, une comédienne de music-hall affamée. Ni elle, ni le cinéaste débrouillard ne savent encore quelle frayeur inimaginable les attendra sur cette île maudite.

Critique de tootpadu

  • L'anticipation est un sentiment à double tranchant. Ainsi, nous étions tout contents d'assister à la projection privée d'un des films les plus attendus de l'année, déjà précédé de critiques élogieuses d'outre-Atlantique. Mais au bout de trois longues heures de projection, il faut se rendre à l'évidence : ce deuxième remake du classique du film d'aventure des années 1930 est une production prestigieuse et imposante, sans pour autant révolutionner le genre ou au moins lui accorder une énième jeunesse. Peter Jackson et son équipe ont beau vouloir donner une apparence épique à cette adaptation libre de l'histoire de "La Belle et la bête", au fond, leur film reste un spectacle gigantesque et boursouflé, un divertissement musclé qui se montre néanmoins faible en termes d'originalité.
    Organisée en trois longs, voire très longs mouvements, l'histoire du film ne trouve pas réellement le souffle majestueux qui anoblissait la trilogie du Seigneur des Anneaux et qui justifie généralement une durée aussi importante. La première partie, une sorte d'épilogue étiré, décrit ainsi de façon détaillé le voyage jusqu'à l'île fatidique, les relations entre les personnages qui s'approfondissent et la façon de travailler peu orthodoxe de Carl Denham. L'action n'est pas du tout au centre de ce premier tier du film, au point de voir la mise en scène introduire un effet de style tapageur rien qu'à l'annonce du nom de la destination, afin d'animer un peu une heure de narration sobre. Rétrospectivement, c'est pourtant cette introduction tout en longueur que nous préférons, puisqu'elle permet quelques observations malignes sur le monde du spectacle et ses rouages.
    Car la suite s'abstient de toute retenue et déchaîne sur le spectateur une vague ininterrompue de scènes d'action. Celles-ci ne sont qu'en partie impressionnantes (l'arrivée sur l'île) et elles deviennet surtout lassantes au bout du troisième affrontement d'affilée avec des bêtes sauvages. La réplique de La Menace fantôme sur le fait qu'il y a toujours une bête plus grande et plus féroce n'a jamais sonné plus juste que lors de cette surenchère d'effets spéciaux et de créatures plus farfelues les unes que les autres. Il serait cependant presque naïf d'attendre autre chose de la part du réalisateur qui nous a gratifiés d'une fin sans fin dans son film précédent. En somme, cette partie centrale qui met volontairement le scénario en veille, ressemble beaucoup à un Jurassic Park IV, sauf que la qualité d'animation des dinosaures ne se serait pas tellement améliorée au bout de douze ans.
    Enfin, le dénouement s'essaie à un mélange pas toujours concluant des deux tons différents qui l'ont précédé. On y retrouve alors les couchers de soleil à l'esthétique artificielle qui rappellent désagréablement une publicité pour les métiers techniques du cinéma qui passait dans les salles françaises il n'y a pas longtemps. Les affrontements interminables sont également de retour, toujours avec la même liberté scénaristique qui ne se soucie guère d'un minimum de vraisemblance. Et enfin, l'acceptation de Carl Denham dans les hautes sphères de l'industrie du spectacle aura certainement un arrière-goût amer, après cette finale digne du Monde perdu.
    Un mastodonte d'un film d'aventure, cette oeuvre à caractère commercial emploie les grands moyens pour éveiller les grands sentiments. Qu'elle n'arrive pas toujours à accomplir cette tâche n'enlève rien au fait qu'elle est un divertissement très convenable, en dépit de sa longueur excessive. Si vous aimez les dinosaures féroces et les héros téméraires, si vous estimez que l'histoire d'un amour impossible peut subsister et fleurir dans un environnement narratif chaotique, et si le fait de doubler la longueur d'une histoire, sans pour autant y ajouter des éléments essentiels, ne vous gêne pas, ce film risque de vous enthousiasmer. Pour les autres, dont nous-mêmes, il vaut mieux prendre ce King Kong de la troisième génération pour ce qu'il est, toute subjectivité gardée : une mise à jour un peu trop copieuse d'un divertissement solide.

    Vu le 8 décembre 2005, au Paramount Opéra, Salle 1, en VO

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